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4 Juin
2010

Randonnée fluviale en Ontario

Par Michel Julien | Catégories : Canada, Croisières, Nature - plein air

Les lacs Kawartha, vous connaissez? Et le Trent-Severn Waterway?

Nous ignorons tout du pays des lacs du nord de Toronto, là où les citoyens de la Ville-Reine vont en weekend et en vacances.

Il y a plus d’un siècle, les autorités du transport maritime ont voulu relier le lac Ontario et la baie Georgienne du lac Huron en construisant le Trent-Severn Waterway, une série de canaux et d’écluses de 386 km de longueur.

Près de Peterborough, les lacs Kawarthas ont ainsi été reliés entre eux, pour le plus grand plaisir des plaisanciers.

lacs Kawartha

La veille de notre départ : notre caravane flottante à l’ancre sur le lac Pigeon.

Désirant explorer la région des Kawarthas de façon originale, nous avons choisi de louer un « houseboat », sorte de péniche ou de caravane flottante, pouvant accueillir six passagers.

Passer quatre jours et autant de nuits à six personnes dans un espace d’à peine 30 mètres carrés est le test ultime, même pour une famille bien soudée.

Sans Nintendo ni télé ni Internet, le temps semblera peut-être long à nos quatre enfants âgés de 9 à 13 ans.

C’est donc avec un peu d’appréhension que nous débarquons à la marina Egan Houseboat du lac Pigeon où une douzaine de caravanes flottantes sont amarrées.

Comme nous, d’autres familles découvrent l’embarcation qu’ils ont réservée. Le design de notre bateau n’a rien d’élégant; c’est une sorte de roulotte posée sur un radeau.

En fait, l’intérieur du bateau est à peu de choses près identique à celui d’une caravane de camping.

À l’avant, deux canapés-lits forment un petit salon alors qu’à l’arrière, on retrouve le coin dînette. Au centre : une salle de bain avec bain, douche lavabo et cuvette.

Notre bagage prend place dans les compartiments, nous plaçons nos victuailles au frigo pendant que les enfants s’affairent déjà à la pêche au bout du quai.

Équipés de simples bouts de bois avec des hameçons et quelques vers, les enfants capturent quelques achigans et plusieurs perchaudes.

Nous sommes convoqués à une courte présentation vidéo qui nous enseigne les rudiments de la navigation fluviale.

On nous remet des cartes précises et on nous rassure en mentionnant qu’en cas de pépin, mécanique ou autre, un employé viendra nous dépanner en moins d’une heure, peu importe où nous sommes.

Notre plan initial de partir ce soir même se voit contrecarré par l’annonce d’une possibilité d’orages violents.

Comme personne ne veut se mesurer à dame nature sur les eaux d’un grand lac inconnu, tous les bateaux loués passent la nuit au port.

Tôt le lendemain, les alentours s’activent à préparer le grand départ. L’un après l’autre les caravanes flottantes quittent la marina, se  suivant à la queue leu-leu sur le lac Pigeon.

Notre vitesse de croisière de 9km/h nous permet d’admirer les berges tantôt boisées, tantôt bâties de fermes, tout en suivant la carte pour éviter les écueils et hauts fonds vaseux.

lacs Kawartha

Le capitaine Florence Julien, 8 ans, n’a peine à piloter notre bateau.

C’est si facile de conduire le bateau que nos quatre enfants le conduisent tout à tour sous notre supervision.

La carte indique une première attraction accessible par bateau : une galerie d’art amérindien dans la réserve de Curve Lake. Ce sera notre premier accostage.

Heureusement, l’absence de vent et de courant, me permet d’accoster comme un pro entre deux yachts d’un demi-million, sous l’œil vigilant de leurs propriétaires.

Une fois au quai, rien n’indique plus la présence de la galerie. Nous partons donc à pied, un peu au hasard, dans les rues désertes et brûlantes de la réserve.

La galerie d’art de Curve Lake.

Nous apercevons enfin les deux grands totems qui flanquent l’entrée de la galerie.

L’inventaire comprend une étonnante diversité d’objets, du canot peint de motifs traditionnels du peuple Aïda aux masques iroquois grimaçants en passant par les habituels mocassins hurons.

Dans la salle du fond, des tableaux et sculptures de très bonne qualité sont exposés.

Des oeuvres d’art et souvenirs à saveur autochtone attendent les visiteurs à Curve Lake.

En quittant la réserve, le vent se met de la partie. Long de 13 mètres, notre bateau fait vie des vagues de plus en plus présentes et nous filons vers Buckhorn.

Une heure ou deux d’escale à l’ancre, à l’abri d’une petite île inhabitée, invite les enfants à se baigner dans les eaux tièdes et peu profondes du lac pendant que nous préparons le repas sur le barbecue.

Nous arrivons à notre première écluse. Il ne reste qu’une seule place au bout du quai, une toute petite place, où nous espérons pouvoir nous y amarrer.

Ça a l’air plus simple que ce ne l’est vraiment; ce grand bateau maintenant poussé par le vent ne veut plus se comporter comme je le voudrais.

Je m’y reprends par quatre fois. Rien à voir avec mon accostage de « pro » à Curve Lake.

Heureusement, les propriétaires d’un autre bateau aident à me diriger, attrapent nos amarres et nous tirent en position.

Notre voisin nous prévient que la météo nous réserve tout un cocktail composé de pluie, grêle, foudre et même la possibilité d’une tornade. C’est pour cela que tous ces bateaux se sont mis à l’abri ici.

Bien sûr, nous faisons de même; pas question de quitter après le souper comme nous l’avions d’abord prévu.

Après une nuit bien tranquille, sans les orages prévus, nous entrons dans  l’écluse. Le personnel nous aide à tirer le bateau à l’aide de ses câbles d’amarrage.

lacs Kawartha

Premier passage en écluse.

Une fois les portes fermées, le niveau d’eau monte rapidement. Les enfants sont ravis du spectacle.

Au sortir de l’écluse, nous pénétrons dans le lac Stony. Le paysage change complètement. Plus de fermes autour du lac, plus de fond vaseux.

Ici, la forêt nous entoure et les îles ne sont que de gros rochers, parfois plantées de quelques arbres comme dans les tableaux de Tom Thomson. C’est que nous pénétrons dans une zone géologique différente, le bouclier canadien.

Un balbuzard nous survole.

Même les oiseaux sont différents. Plusieurs Balbuzards nous survolent et nous croisons des plongeons huarts qui font leur toilette sans s’inquiéter de notre présence à quelques mètres d’eux.

Sur les rives de chaque côtés de nous et sur les nombreuses îles entre lesquelles nous naviguons, on aperçoit de magnifiques chalets dont plusieurs valent des millions.

Sur une île, une petite église de bois accueille les fidèles venus en bateau.

Au bout du lac, la petite localité de Young’s Point dévoile ses charmes autour d’une autre écluse où, encore une fois, nous passerons la nuit.

Devant le quai, le Lockside Trading Post attire notre attention. Cette jolie boutique se spécialise dans tout ce qui a trait de près ou de loin à la vie de chalet.

On y trouve des meubles en bois brut, des poignées de tiroirs en forme de panaches d’orignaux et des sculptures de bois représentant des ours grandeur nature.

Plus loin, une autre boutique abrite un phénomène unique : un animal issu du croisement entre un chat domestique et un raton laveur. C’est du moins ce qu’affirme la propriétaire des lieux.

Nous lui faisons répéter, de peur d’avoir mal compris, mais elle jure que c’est vrai. Pourtant l’animal en question ne ressemble qu’à un vulgaire chat de gouttière. Même nos enfants ne s’y laisseraient pas prendre.

Le ciel se couvre. On entend le tonnerre gronder et à voir les nuages sombres et la direction du vent, cette fois nous allons y goûter. Nous nous endormons bien à l’abri de notre bateau sous l’orage.

Sur le lac Stony, un plongeon huart nous salue.

Après le petit-déjeuner, plusieurs bateaux attendent pour entrer dans l’écluse.

L’employé en charge des opérations de l’écluse voyant que les enfants s’intéressent à la chose offre à chacun d’eux la chance d’appuyer sur les boutons qui ouvrent et ferment les portes ou qui emplissent et vident le bassin. Les enfants sont ravis.

Passé l’écluse, il n’y a qu’un mètre d’eau, ce qui est suffisant pour naviguer à vitesse réduite. Entre les îles, nous cherchons un endroit tranquille où passer notre dernière journée à l’ancre.

Au fond d’une baie, le fond sablonneux nous convainc que l’endroit est idéal pour se baigner.

Dernière nuit à bord de notre caravane flottante.

On attache le bateau solidement à un gros arbre. Aussitôt, les enfants sautent à l’eau, nagent, puis partent à la chasse aux grenouilles, armés de filets. Un aigle à tête blanche nous survole, poursuivi par un balbuzard.

Le soleil baisse et nous nous préparons pour une dernière nuit à bord.

Notre plus grande fille ne cache pas son inquiétude face à l’idée de coucher à l’ancre, au milieu de nulle part. Ce soir, vaut mieux ne pas la réveiller pour écouter le chant des coyotes.

2 commentaires
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    1.
  1. Très joli et intéressant article, merci pour ce coup de coeur qui donne envie de s’évader… calmement !

  2. 2.
  3. Moi qui ai toujours rêvé de faire un tel voyage, ça a été un régal de vous lire! Merci infiniment pour ce compte rendu très intéressant… 🙂

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