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11 Avr
2012

Le Val-d’Aoste : l’Italie en français

Par Jasmine Nadeau | Catégories : Art, culture et histoire, Italie

On peut parler de tout avec Fausto. Il est cultivé, charmant et souriant, il a le teint basané à l’année, il adore le bon vin, la bonne bouffe, le ski et les Ferrari. Vous me direz « rien de bien étonnant, c’est un Italien » et vous auriez raison.

Mais pourtant, Fausto a quelque chose d’unique, comme son  coin de pays. D’abord il parle un français savoureusement teinté d’un bel accent italien. Tout comme sa région, il a l’âme du sud animée par la dolce vita en plus de la robustesse des montagnards du Nord. Ses rides de vent aux coins des yeux, il les a acquis comme un titre de noblesse pour avoir tant de fois conquis les flancs des montagnes qui protègent et entourent son magnifique Val-d’Aoste.

Les Valdôtains possèdent un statut spécial en Italie. Leur région autonome leur confère une grande liberté et des pouvoirs sur leur économie et la gestion de leurs ressources. Les deux langues officielles et enseignées à l’école sont le français et l’italien.

Val-d’Aoste

Le clocher de la cathédrale d’Aoste se profile derrière les toits de pierre grise.

Fausto est fier de cette particularité. Ancien assesseur au tourisme, il a passé sa vie à faire connaître sa magnifique région valdôtaine et à tisser des liens transfrontaliers avec la Suisse et la France. Quoi de plus naturel! Ils ont en commun la langue, la culture, le même style de vie en montagne et de plus, ils partagent même les versants de certaines montagnes.

Bâtiments anciens d’Aoste, au pied des Alpes italiennes.

Paradis du ski, la Vallée d’Aoste est dominée de plusieurs 4000 mètres célèbres dont le Mont Blanc (4 810 m), le Mont Rose (4 634 m), le Cervin (4 478 m) et le seul qui soit entièrement en Italie, le Grand Paradis (4 061 m).

Le ski et le trekking sur ces magnifiques montagnes n’est pas que l’affaire des touristes. Les Valdôtains sont très sportifs; ils sont d’excellents skieurs et des randonneurs chevronnés. Plusieurs marchent des kilomètres en montagne chaque jour.

L’une des destinations favorites des randonneurs est le Parc National Grand Paradis. Ce parc qui s’étend sur 70 000 hectares de zones protégées a été décrété réserve royale de chasse par le roi Victor Émanuel en 1856. Le roi en a fait don à l’état italien en 1920. Ce premier parc italien contribue è la préservation de la faune alpine, en particulièrement du bouquetin des Alpes.

À notre arrivée, Fausto nous offre généreusement ses services de guide. Et quel guide! On passe ainsi plusieurs jours à serrer la main de ses amis, à découvrir des monuments chargés d’histoire qu’il connaît par coeur, à trinquer à ses côtés une grappa dans une arrière-boutique et à partager d’excellents repas Valdôtains.

En sa compagnie, on découvre une Italie étonnante. On y rencontre de grands Italiens bruns aux yeux bleus qui comme lui parlent français, une ville enfouie sous la ville, des  murs qui datent d’avant Jésus-Christ et on y admire des vallées verdoyantes où se dressent plus d’une centaine de châteaux. Ces vieux témoins d’un système féodal ne marquent qu’une certaine époque puisque d’autres monuments encore plus anciens rivalisent d’intérêts pour les adeptes d’histoire et de culture.

L’hôtel de ville d’Aoste.

Ancienne colonie romaine passée aux mains des français, puis annexée à l’Italie en 1860, Aoste signifie « petite Rome des Alpes ». Ce trésor d’histoire est accessible de la Savoie par le tunnel du mont-blanc, puis par le col du Petit-Saint-Bernard.

Malgré la succession de tunnels et l’absence de poste frontière, les toitures grises d’ardoises annoncent notre entrée en terre italienne. Nous sommes donc au nord-ouest de l’Italie, à la frontière de la France et de la Suisse, au nord c’est le Canton du Valais (Suisse), à l’ouest la Savoie (France), au sud et à l’est c’est le Piedmont.

La vieille ville d’Aoste abrite un bel hôtel, l’Europa. On s’y installe avec les enfants. La chambre double divisée par de lourdes tentures et équipée de deux salles de bains nous offre une belle intimité tout en nous permettant de garder un oeil sur notre progéniture. C’est parfait pour une maman poule comme moi.

Le personnel est très dévoué et tout le monde aime les enfants, on s’y sent bien. On y déguste notre premier repas typiquement valdôtain. C’est un succès. La cuisine traditionnelle est montagnarde et ressemble un peu à celle de la Suisse ou de la Savoie. Plusieurs produits régionaux font leur fierté et sont d’appellation d’origine protégée (AOP). La fontina, le fromage vedette, le lard d’Arnad et le jambon de Bosses.

De notre hôtel, on part explorer la vieille ville à pied. Nous ne sommes qu’à quelques pas des terrasses, des comptoirs de gelato pour les enfants, des boutiques de vêtements et des monuments anciens. La ville est animée, les cafés sont bondés, les gens marchent dans la rue, c’est une ville tout en pierres sympathique où se mélangent les touristes et les Valdôtains.

La vie culturelle y est très dynamique. Sur le calendrier de la vallée se succèdent des pièces de théâtre, des concerts, des expositions, des batailles de reines (vaches), des batailles de tchevres (chèvres) et surtout des carnavals hauts en couleurs.

Toutes les années impairs, fin août, début septembre, une trentaine de viniculteurs se donnent rendez-vous lors de l’Expo Vins. L’occasion idéale de découvrir des petits trésors issus des montagnes durant trois jours intenses consacrés aux vins du Val d’Aoste.

Pour les amateurs d’histoire, l’époque romaine et le Moyen Âge ont  laissé de précieux monuments que l’on peut admirer  encore de nos jours. Sur le site Internet de tourisme du Val d’Aoste, il est possible de télécharger des guides audio mp3 de chaque château ou de chaque église afin de se préparer à leur découverte.

L’énumération de tous les monuments d’intérêt serait fastidieuse, mais le Cryptoportique du forum est certainement un de ceux qui nous ont le plus impressionnés. De la place Giovanni XXIII (de la Cathédrale) on peut y accéder. Il est littéralement sous nos pieds, à demi enseveli. C’est une balade étonnante en plein forum romain. Lors de notre passage, un trio de musiciens rendait notre visite absolument magique.

Bien sûr il ne faut pas manquer l’icône de la ville, l’Arc d’Auguste, érigé en honneur de l’empereur. Lorsque vous passerez la Porta Pretoria, prenez le temps de regarder à quel niveau était le sol à l’époque romaine, un véritable voyage dans le temps.

Les musées aussi proposent des voyages dans le temps, regorgeants de pièces de monnaie, d’artéfacts, de maquettes et d’informations retraçant la vie des civilisations qui se sont succédées depuis la préhistoire.

Après quelques jours, notre visite tire à sa fin. C’est notre dernier repas. La cour gazonnée de la pizzéria enligne des chaises longues dans le jardin qui forment un demi-cercle. Elles attendent les convives qui quittent leur tablée en quête d’un peu de repos. Nos enfants se sont déjà fait des copains. Ils courent tout autour.

Le soleil se couche sur notre bonheur et notre dernier verre de vin. Tristes de quitter notre ami, nous le remercions de sa générosité, de sa grande disponibilité et de son fabuleux savoir. Mais toute bonne chose à une fin, et puis l’Italie, ce n’est qu’à quelques heures. À bientôt, Fausto!

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