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14 Mai
2012

Randonnée aérienne au pays des Indiens cris et des ours polaires

Par Michel Julien | Catégories : Canada, Nature - plein air

J’ai toujours été fasciné par le nord canadien et je ne manque jamais une occasion de m’y rendre. Cette fois, c’est la côte de la Baie d’Hudson qui m’appelle, tout particulièrement le parc provincial Polar Bear.

Inhabité, ce parc ne possède aucune infrastructure. Pas de poste d’accueil, pas d’hôtel ou de terrain de camping, pas d’aéroport.

Notre point de départ est Elmhirst Resort, à Keene en Ontario. Le domaine dispose d’une piste privée et d’une base d’hydravions.

Notre pilote, Peter Elmhirst, nous présente notre avion, un Cessna 206. Nous plaçons les bagages dans l’avion, en prenant soin de ne pas la surcharger. Tout est maintenant prêt pour le départ.

Cessna 206

Notre avion, un Cessna 206

Quelques minutes après avoir décollé de Keene, nous survolons déjà le bouclier canadien. Comme nous l’a dit Peter, il n’y a que des arbres, des lacs et des affleurements rocheux.

La météo est parfaite.Nous atteignons Moosonee, une petite ville du sud de la Baie James qui est, en quelques sortes, la porte du grand nord. Du moins, c’est ce que prétend une enseigne placardée sur le mur de la gare: « Moosonee, gateway to the arctic ». Nous y passons la nuit.

Levés tôt, nous traversons la rivière en direction de la réserve indienne de Moose Factory. Nous y sommes chaleureusement accueillis par un jeune Cris fier de sa culture et désireux d’en partager les secrets. Il nous accompagne durant toute la journée, nous faisant découvrir l’histoire et les traditions de son peuple.

Le lendemain matin, Peter et moi nous dirigeons vers l’aéroport pour préparer l’avion et y faire le plein. Les autres passagers nous rejoindrons plus tard.

L’aéroport est désert. Nous avons beau chercher partout, il n’y a personne pour faire le plein. Nous interrogeons au passage le conducteur d’une camionnette qui promet de trouver quelqu’un pour déverrouiller la pompe à essence.

Indienne de Moose Factory

Une grand-mère de Moose Factory prépare le pain traditionnel, la bannique

Comme à Moosonee tout le monde se connaît, notre ami retrouve rapidement le gardien de la clef qui prenait son déjeuner dans un restaurant de la ville.

C’est à mon tour de prendre les commandes et, pour la première fois, j’effectue le décollage de notre Cessna 206. Il fait beau à Moosonee mais le temps se gâte rapidement.

Le plafond est de plus en plus bas à mesure que nous montons vers le nord et à un moment, un mur de nuages très bas nous barre le passage et nous oblige à tenter de le contourner.

Ne trouvant pas de passage et nous rapprochant de la côte de la Baie James, nous tentons notre chance un peu plus à l’est. Toujours pas de passage. Alors que nous nous apprêtons à faire demi-tour, nous découvrons une ouverture qui nous permet de découvrir que de l’autre côté du mur de nuage, la météo est meilleure.

Nous atteignons enfin Attawapiskat. Ce n’est pas trop tôt car nous avons très faim. Nous marchons à la recherche d’un restaurant ou d’une épicerie sans trop savoir où nous allons. Attawapiskat n’est certainement pas le plus joli village du Nord: quelques rues désertes bordées de maisons ternes, sans arbres ni relief.

Nous nous arrêtons au dispensaire où une infirmière d’origine montréalaise nous indique à quel endroit se trouve le seul établissement où nous pourrions avoir un repas chaud. Le restaurant/épicerie/club vidéo Kimberley’s est situé dans un bâtiment délabré semblable à tous les autres. Nous entrons; les quelques autochtones présents se taisent et nous regardent d’un air incrédule.

Rares sont les touristes qui s’aventurent ici et ça se voit. Nous commandons des hamburgers puisqu’il n’y a rien d’autre au menu à cette heure tardive. Il sont vraiment délicieux: une preuve qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Peter remplit son formulaire de plan de vol et nous repartons. Le temps s’améliore toujours alors que nous filons vers le nord. Nous ne voyons plus d’arbres au sol; nous survolons déjà l’immensité de la toundra.

Sans repères au sol, il est très difficile d’évaluer notre altitude. Aussi, il serait très facile de se perdre. Après avoir survolé des centaines de kilomètres de territoire vierge nous apercevons une base militaire désaffectée. Les bâtiments sont toujours là, de même que la piste d’atterrissage et une montagne de vieux barils d’essence rouillés.

Peter connaît l’endroit, mais j’en fais deux fois le tour, étonné de voir que l’on ait bâti quelque chose dans un endroit aussi isolé. Les militaires basés ici devaient trouver le temps long! Nous approchons de la côte de la baie d’Hudson; malheureusement, un banc de brouillard la dissimule. Nous tentons de passer sous le brouillard.

À 300 pieds d’altitude, nous enfilons sous la masse blanche, mais plus nous avancons vers la côte, plus le brouillard est bas. Nous volons maintenant à 200 pieds d’altitude alors que sous l’avion, une plaine à perte de vue s’étend.

Je ne suis pas très confortable avec cette altitude, même si je sais que s’il fallait atterrir, nous n’aurions qu’à laisser descendre notre Cessna jusqu’à ce qu’il se pose délicatement sur la toundra.

Nous sortons du banc de brouillard et apercevons enfin la baie d’Hudson. Le temps est magnifique! Nous nous dirigeons vers l’embouchure de la rivière Winisk où se nourissent une grande bande de bélugas.

À marée basse, plusieurs ours polaires y fréquentent les bancs de sable. Pour moi, l’observation d’ours polaires serait la réalisation d’un vieux rêve. Les bélugas sont au rendez-vous, mais pas les ours polaires. Zut.

Nous remontons la rivière jusqu’au village cri de Peawanuck où nous passerons la nuit. Mais voilà que sous nos ailes, ce qui paraissait être de grosses pierres se met en mouvement. Une famille d’ours! Nous sommes fous de joie; une grosse femelle est ses deux petits nous offrent le spectacle de leur présence.

Comblés, nous poursuivons vers Peawanuck où nous sommes accueillis par l’épouse et le cousin de notre guide Sam Hunter, lui même absent puisqu’il est à préparer notre campement sur la baie d’Hudson. Pour ses visiteurs, notre guide a monté un tipi sur les berges de la rivière Winisk, mais avant de nous y installer, nous allons faire un tour au village.

Partout sur notre chemin, les résidents nous saluent et se présentent. « Je suis George Trapper et toi, qui es-tu? D’où viens-tu? ». Nous sommes agréablement surpris par leur joie de vivre, et leur sans-gène.

Il y a, à Peawanuck, un sorcier de passage qui organise des sessions de sauna traditionnel comme le pratiquaient les anciens. C’est un événement rarissime qui n’est normalement offert qu’aux seuls autochtones. Nous avons l’honneur d’y être invité; la cérémonie aura lieu demain à l’aube.

Sous cette latitude, en été, l’aube c’est tôt, très tôt. On nous reveillera à 3 h 30. Je suis heureux d’être invité mais la perspective de me lever aussi tôt ne me plait guère. Enfin, on verra ça demain.

C’est l’heure du repas et nous sommes invités chez Sam. Il habite une maison coquette ressemblant plus à une résidence de banlieue qu’à un tipi. À l’intérieur, nous sommes étonnés de découvrir une immense télé et des ordinateurs derniers modèles. Non, les autochtones du grand nord ne vivent pas comme des sauvages.

Tel que prévu, nous passons la nuit dans le tipi. C’est le monde à l’envers: les Indiens dans le bungalow et les Blancs dans le tipi…

Il fait déjà jour lorsque le sorcier nous réveille. Il est en retard puisqu’il est déjà 4 h 30. Nous nous dirigeons vers la hutte qui sert de sauna où nous accueille un autre sorcier, de la nation micmac cette fois.

Nous sommes six dans cet espace de deux mètres de diamètre; aucune lumière n’y pénètre. Alors qu’il fait -5° dehors, il fait une chaleur suffocante à l’intérieur.

Les sorciers y vont de leurs incantations en jetant de l’eau et des herbes sacrées sur le feu. Il fait si chaud que j’ai peine à suivre leurs explications sur la signification de cette cérémonie de purification spirituelle. Enfin dehors, la cérémonie terminée, nous respirons l’air frais à grande bouffée.

La météo est parfaite, nous partirons le plus tôt possible vers notre campement sur la toundra. Le campement est situé à une centaine de milles de Peawanuck, sur la côte de la baie d’Hudson.

Nous suivons le cours de la rivière Winisk, puis la côte pour tenter notre chance d’observer d’autres ours polaires. À peine arrive t-on à l’embouchure de la rivière que nous apercevons un gros mâle. Quelques centaines de mètres plus loin, nous observons une femelle avec son petit. Entre la rivière Winisk et notre campement, nous observons dix-sept ours polaires au total!

Nous survolons maintenant le parc provincial Polar Bear et notre campement. Nous y voyons le bateau de Sam, le tipi et du matériel éparpillé. Bien sûr, il n’y a rien qui ressemble à une piste d’atterrissage et je suis très curieux de voir se poser notre oiseaux sur cette plaine fleurie. Peter repère un endroit qui semble bien plat et libre d’obstacle.

Un passage à basse altitude, un circuit, on réduit la puissance, abaisse les volets et voilà, on touche terre le plus doucement du monde. Les gros pneus de l’avion et la végétation absorbent les irrégularités du terrain.

Sam Hunter, notre guide Cri ne part jamais sans son fusil

Sam nous souhaite la bienvenue. C’est un solide gaillard aux allures de rock-star. Il nous explique pourquoi les sacs de couchages sèchent au soleil: la vieille, alors que son bateau s’apprétait à accoster, une grosse vague est passée par dessus bord, trempant tout son matériel. Avec un peu de chance, et beaucoup de soleil, les sacs de couchages seront secs avant la nuit.

Nous passons le reste de la journée à paresser au soleil et à explorer les alentours, tout en gardant un oeil ouvert pour les ours polaires. Il y en a tout près et il sont dangereux. Ici, il n’y a nulle part où se réfugier; il faut donc emporter un fusil de chasse.

La toundra est un endroit plein de vie. Il y a des cygnes, des bernaches et des oies blanches partout et des caribous qui marchent à l’horizon. La végétation est dense et colorée. C’est magnifique!

Nous nous levons tôt, le lendemain matin, pour aller à la pêche sur la rivière Sutton. D’après Sam, c’est le meilleur endroit au monde pour la pêche à la truite mouchetée. Encore une histoire de pêche je suppose!

Nous partons en chaloupe vers la rivière Sutton quand un gros ours mâle apparaît à la nage devant le bateau. Quoiqu’ils nagent très bien, les ours se déplacent moins rapidement dans l’eau. C’est l’occasion rêvé d’en voir un de près. Enfin, d’assez près.

Bel animal, mais qui mérite le respect.

Sam tourne autour de l’animal à une distance de vingt mètres alors que nous le bombardons de photos. Çela ne dure que quelques minutes; nous ne voulons surtout pas l’affoler.

Sam jette l’ancre au milieu de la rivière Sutton et sort tout son attirail de pêche: trois vieilles cannes équipées de cuillères toutes rouillées.

Je suis septique. Je n’y connais rien en matière de pêche mais il me semble que ce ne sont ni les conditions ni le genre d’équipement requis pour la mouchetée.

Au moment où ma cuillère touche l’eau, Je sens une résistance, puis plus rien. Je lance encore. Cette fois c’est la bonne, la ligne fend l’eau en tout sens. Une belle grosse truite atterri au fond du bateau. Je suis heureux comme un enfant.

Peter attaque avec autant de succès. En une heure, nous avons cinq belles truites, toutes exactement de la même taille. Sam nous indique qu’il faut repartir sinon la marée basse nous bloquera le passage. Nous repartons avec notre butin mais le bateau touche le fond et s’immobilise.

Nous avons trop tardé. Il n’y a qu’une solution, débarquer pour soulager la chaloupe et la traîner en marchant dans l’eau. Ça fonctionne, mais l’eau est diablement froide! Je me surprend à m’ennuyer du sauna indien.

Arrivés à notre camp, nous dégustons nos truites. Il fait beau et très chaud pour cette latitude (25°), ce qui m’invite à aller faire trempette dans un de ces étangs aux eaux peu profondes. Comme le soleil luit 18 heures par jour, l’eau de l’étang est tempérée. Je fais quelques pas dans l’eau, mais sous le mètre d’eau limpide s’est déposé plusieurs centimètres de vase grise dans laquelle je m’enfonce en soulevant un épais nuage gris.

Ce n’était pas une bonne idée. Je sors de là couvert de boue comme les « mud-men » de la Nouvelle-Guinée. On se pait ma tête, en particulier Sam qui s’avait très bien ce qui m’attendait.

Il me faut aller plus loin puiser de l’eau de surface pour prendre un douche. En cet endroit où il y a peu à faire et où les journées n’en finissent plus, nous avons vraiment l’impression d’être en vacances. Mais Peter contacte la station météo qui nous annonce du mauvais temps pour quatre jours.

Les vacances s’achèvent; il nous faudra quitter tôt demain. J’aurais bien passé quelques jours de plus dans ce paradis nordique!

 

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